Sunday, August 12, 2012

Le sel revisité


Le sel revisité

C’est quoi le sel? Pour la plupart des gens c’est un article d’épicerie jeté dans un shopping cart sans une seule pensée. Ce ne fut pas toujours ainsi. Et dans certaines parties du monde ce ne l’est pas encore.
     Autrefois les hommes se firent la guerre pour le sel.  Le  salarium (salaire-- de sal, ou sel) des soldats romains était pour acheter du sel. Et si nous devons croire les historiens, le sel que dans le passé les caravanes arabes marocaines transportaient à Tombouctou et autres villes du Sahel s’échangeait contre leur poids en or—un kilo d’or pour chaque kilo de sel. Ce sel achetait aussi des esclaves. Mais le risque de ne pas retourner au Maroc à jouir d’une fortune était grand. Les pillards Touaregs ne manquaient jamais de les attaquer. Et les puits étaient affreusement éloignés les uns des autres.
       Dans certaines parties du monde, miner et transporter le sel cause encore beaucoup de tourment. En 1965, au Sahara,  j’ai voyagé près d’un mois avec une caravane de sel touarègue, partageant sa soif, sa faim, son épuisement et sa préoccupation de rater un puits et de continuer dans les dunes jusqu’á y laisser nos os.
     Avant leur traversée, mes compagnons touareg avaient passé de nombreux mois á couper, dans leurs montagnes de l’A ïr, l’énorme quantité d’herbe qui nourrirait 102 chameaux durant les deux mois d’aller et retour à travers les dunes vierges du Ténéré, une des régions les plus hostiles du Sahara. De nombreux mois aussi à tresser des centaines de mètres de cordes et á tisser des centaines de nattes qu’ils utiliseraient pour envelopper les précieux blocs de sel.
     De retour de leur épique expédition, ils auraient à en préparer une de plus, cette fois vers les marchés du Sahel, où ils troqueraient leur sel contre du mil, des vêtements, du sucre, du thé vert, et autre nécessités familiales. Tant de travail et de souffrances, j’ai calculé à l’époque, pour gagner seulement l’équivalent de $75 par homme.
     En 1967, chassant le sel de nouveau, je me suis embarqué à Makalé, sur les hautes terres d’Ethiopie, dans une caravane tigrinya de chameaux et mules. Apres la longue descente de l’escarpement, nous avons atteint l’enfer--la dépression dankalie, 100 mètres sous le niveau de la Mer Rouge qui la longe.    L’explorateur L.M. Nesbitt écrivit fameusement que ce pays fantastique de volcans actifs, de champs de lave interminables, de sources sulfureuses bouillonnantes, de rochers, de désert sans merci et de lacs de sel secs était le trou infernal de la création. Sauf ou le sel éblouit et le sable émerge timidement, ce pays est noir comme du charbon  et plus chaud qu’aucun autre point du globe. Un océan est en train d’y naitre (j’y passerais plusieurs mois, quoique dédié à d’autres projets).
    Pour une journée de travail de forçat un mineur Danakil recevait des caravaniers tigrinya, eux-mêmes extrêmement pauvres,  l’équivalent de $0.60, un grand pain et une outre d’eau.
    En 1992, à Djibouti, je vis des caravaniers Danakil miner le sel du lac Asal usant seulement de pierres aigues ramassées sur place.
    En 2000, à 4,000métres dans le sud de l’Altiplano bolivien, j’ai voyagé avec une caravane de sel différente. Menée par un indien Quechua de 69 ans et son neveu, elle était composée de 28 lamas. Je suivis le vieil homme de sa maison de terre jusqu’au Salar de Uyuni, le lac de sel le plus vaste et le plus élevé du monde. Là il acheta le sel que ses lamas transporteraient à un village beaucoup moins froid en échange de produits agricoles qui ne poussaient pas à l’altitude glacée où il vivait
     Ignorant les chemins qui grimpaient vers des mines, nous avons marché tout droit pendant huit jours. Chaque jour, après six heures de marche, nous atteignions un enclos de pierres ou nous enfermions les lamas jusqu’à l’aube, quand nous repartions. Apres une rapide cuisine nous dormions sur la terre gelée sous la brutale froidure des étoiles.
     Nous sommes finalement descendus dans une vallée édénique, une Shangri-la qui aurait pu être népalaise, dont les terrasses agricoles  épousaient les contours de la vallée au fond de laquelle coulait un joli ruisseau. Les habitants se montrèrent aussitôt et le troc commença sans attendre. C’était un plaisir de voir les deux parties aussi satisfaites de leurs échanges.
     Durant les années 80 la Colombie m’offrit une autre expérience du sel. Là, sur la côte ouest de la péninsule de la Guajira, un doigt de terre s’enfonçant dans la mer des Caraïbes à la pointe septentrionale de l’Amérique du Sud, j’ai photographié les indiens Waiuu récoltant du sel de salines. Pieds nus dans la saumure ils remplissaient à la pelle des sacs et des brouettes. Comme toujours entre les indiens, les femmes et les filles travaillaient le plus dur, transportant sur leurs dos des sacs de 60 kilos. Deux hommes étaient nécessaires pour arracher ces sacs au sol.

J’illustrerai ce texte de photos durant les prochains jours.

A Second Look at Salt


A Second Look at Salt (illustrations will come later)

What is salt? For most people it’s a grocery product they throw into their shopping cart without a single thought. It was not always like this. And in some parts of the world It still is not.
     Men once went to war over salt. Roman soldiers’ salariums (salary--from sal, or salt) was to buy salt. And if we are to believe historians, Moroccan caravaneers once got the people of Timbuktu and other Sahel towns to pay their salt with an equal weight of gold.
Salt also bought slaves. The hard part, with wells impossibly far apart in those days and Tuareg attacks inevitable, was for the caravaneers to return home alive to enjoy their new fortune.
     In some parts of the world people still suffer much hardship mining salt or bringing it to market. In 1965 I traveled for a month with a Tuareg salt caravan in the Sahara, sharing its thirst, hunger, exhaustion, and worry that we might miss a well and go on into the sands to die. Before the journey, my nine Tuareg friends had spent many months cutting enough grass to feed our 102 camels during their two-month pasture-less return journey through the Ténéré’s sand dunes, one of the Sahara’s most hostile  areas. Many months, too, using grass to braid hundreds of meters of ropes and weave several hundred straw mats to wrap the salt in.
      Back home, after their epic expedition, they would have to prepare for a second long journey, this time to go barter the salt on the Sahel’s markets for millet, clothes, sugar, green tea, and other necessities. All that work and ordeal, I calculated at the time, for the equivalent of $75 per person.
     In 1967, in another salt adventure, I followed a Tigrinya caravan from Makale, in the Ethiopian highlands. Traveling down the escarpment we descended literally into hell-- the Danakil Depression. The explorer L.M. Nesbitt once famously called that fantastic land of active volcanoes, boundless lava fields, boiling sulfurous sources, merciless desert, rock, and dried salt lakes the Hellhole of Creation.  An ocean is being born there and at more than 200 feet below the Red Sea’s level it is the world’s hottest region. For a hard day’s work each salt miner received the equivalent of $0.60, a large bread and a goatskin of water.
     In 1992, in Djibouti, I watched how Danakil caravaneers set out mining the salt of dry Lake Asal using only sharp stones found on the spot.
     In 2000, high in the southern Bolivian Altiplano, I traveled with a different salt caravan—a 69-year old Quechua Indian, his nephew, and the old man’s 28 male llamas. I followed the old man from his mud house to the Salar de Uyuni, the world’s highest and largest salt lake where a miner’s wife sold him the blocks of salt he would go barter in a distant village for the crops he could not grow at the frozen heights where he lived.
     And I traveled with the two men, walking six hours a day, the distance that separated stone corrals where we parked the llamas at night. We slept under brutally cold stars. At the end of eight days we descended into a Shangri-La valley that could have been in Nepal, with terraced fields espousing its contours all around.  There the barter took place. And I never saw people take leave from each others more satisfied.
     Colombia offers a different salt story. There, in the eighties, on the western coast of the Guajiara Peninsula, a finger of land jutting into the Caribbean Sea at the northernmost part of South America, I photographed Waiuu Indians shoveling sea salt. Feet naked in the brine, women and girls worked hardest, lending their strong backs to carry the 60-kilo salt bags that needed two men to lift on them.

In the next few days I will be posting photographs of all those experiences.  

Friday, August 10, 2012

Bolivia. Salar de Uyuni. Salt Miners.



Bolivia. Altiplano. Salar de Uyuni, the world’s highest and largest salt lake. Quechua salt miners cover their faces against the blinding reflection of the salt with ski masks and dark glasses. The salt transportation here is done by llamas.
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Bolivie. Altiplano. Salar de Uyuni, le lac de sel le plus vaste et le plus élevé du monde. Les mineurs quechuas se protègent le visage de la réflexion du sel usant de masques et de lunettes solaires. Le transport du sel ici est fait par des lamas.

Thursday, August 9, 2012

Danakil Salt miners in Ethiopia's Dry Lake Karum



Ethiopia. Great Rift Valley. Danakil Depression (Afar Triangle). Karum salt lake. Tigrinya and Danakil men cutting salt blocks. Tigrinya men loading the blocks on camels and donkeys in the background will transport them to Makalle in the highlands.
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Ethiopie. Grande Faille d’Afrique. Dépression dankalie (Triangle Afar). Lac de sel Karum. Hommes danakils taillant des blocs de sel. Des caravanes tigrinyas de chameaux et d’ânes, visibles au fond, les transporteront à Makalle, dans leur montagne.

Wednesday, August 8, 2012

Yanomami Hunting Party



Brazil. Amazon rain forest. Yanomami Indian hunting party.
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Brézil. Amazonie. Chasseurs yanomamis.

Kenya: Samburu Morans Preparing for a Dance



Kenya. Mathews Range. Preparing for a dance, a Samburu moran is cutting a strip of fabric to add to those already adorning his wraparound.
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Kenya. Matthews Range. En prévision d’une danse qu’il joindra plus tard, un jeune guerrier samburu découpe une bande de tissu qu’il ajoutera à celles déjà décorant sa tunique blanche.

Monday, August 6, 2012

Herding Donkeys in Afghanistan



Afghanistan. Near Qarabagh. Kuchi (Pashtun) nomad boy herding donkeys back to camp at sunset after watering them.
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Afghanistan. Près de Qarabagh. Apres les avoir abreuvés à la fin du jour, un jeune nomade Kuchi (Pashtun) ramène les ânes de sa famille au campement.

Sunday, August 5, 2012

Enjoying High Society Status, Tuareg Women Are Queens in their Tents



Niger. Sahel. Tuareg nomad mother and daughter resting under their leather tent. The girl’s heavily dyed blue hijab colors her arm.
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Niger. Sahel. Mère et fille touarègues reposant sous leur tente de cuir durant la chaleur de midi. La teinture du hijab de la jeune fille colore son bras.

Saturday, August 4, 2012

Cotton Farmers in Benin Carrying Harvest on their Heads



Benin. Near Bohicon. Cotton farmers carrying their harvest for sale to a cotton company. The harmattan, a dust-blowing wind originating in the Sahara,whitens the sky. 
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Bénin. Près de Bohicon. Fermiers transportant leur coton a un point de vente. L’harmattan, un vent de sable soufflant du Sahara, blanchit le ciel